Suite au billet de blog de Dom le freelance, je voulais aussi écrire un article sur l’intérêt de s’investir dans des projets personnels car je rencontre souvent des graphistes ou webdesigner qui ne font « que » travailler pour le client. J’ai la sensation qu’ils perdent une opportunité de s’exprimer, de mieux se connaître. J’ajoute donc ma pierre à l’édifice, en détaillant ma propre démarche.
Pourquoi je m’investis dans des side projects
Il y a 2 ans environ, j’ai démarré un projet personnel très loin de mon occupation professionnel de base. Je suis directrice artistique freelance, essentiellement devant mon ordinateur, 6 jours sur 7. Je travaille sur des projets qui me sont proposés par des clients pour lesquels je crée des chartes graphiques, des logos, généralement dans le web. Quand il s’agit de création de sites internet, je crée la charte graphique et je me place à ce moment-là plus en spécialiste de l’expérience utilisateur et de l’ergonomie.
A l’époque, je ne menais aucun projet parallèle (que j’appelle side project) que je définis par le bénévolat et l’absence d’une commande de la part d’un client. J’ai commencé à ressentir un manque de ne pas pouvoir exprimer librement ma créativité et mes ressentis. C’est alors que j’ai démarré une collection de vieux objets glanés dans des brocantes, pour ensuite recréer des valises ou boites contenant ces objets, ces souvenirs, et ainsi recréer l’histoire fictive ou non de leur propriétaire (projet la boite à mémoires).
Expérimenter un autre domaine de compétence que celui de la vie pro, sans pression
J’ai créé seule pendant un ou deux ans et je gagnais confiance en moi petit à petit. J’étais très loin de ce que je faisais sur mon ordinateur pour gagner ma vie et cela m’a permis de me rappeler qui je suis au fond de moi. Aujourd’hui, je ne trouve plus vraiment l’envie de continuer ce projet, par manque d’inspiration ou de temps, ou peut-être parce que ce projet m’a apporté ce dont j’avais besoin à l’époque. Je me suis alors lancée dans d’autres projets, emballée par ce que j’ai pu découvrir sur moi seule dans mon atelier au milieu de mes vieilles babioles.
Dans mes side projects, je me rends compte que je m’éclate surtout au démarrage des projets. Quand on se rencontre à plusieurs pour discuter ensemble et faire germer les idées. Dès qu’il est question de passer à l’action et créer (surtout toute seule), je suis coincée. Car cela retombe dans ce que j’ai l’habitude de faire en mode pro. J’apprends donc à mieux identifier mes envies et mes besoins car dans un projet perso on doit davantage s’écouter et se gérer soi-même.
Pour moi, un bon side project doit permettre d’expérimenter des nouveaux domaines. Cela permet de ne pas s’endormir dans la zone de confort de l’exécution des commandes des clients. Un side project doit être un peu différent que ce que l’on fait en général pour ses clients. Pour avoir un défi à relever. D’autre part, on se fixe ses propres objectifs, ce qui génère une satisfaction et une fierté encore plus grandes quand on les atteint.
Rencontrer des nouvelles personnes
Actuellement, je suis en train de créer une application Iphone avec quatre autres personnes, sur une idée amenée par une des personnes. Nous avons rapidement pris chacun part à la création du concept, aux idées d’ergonomie et d’expérience utilisateurs, aux contenus… Et au final nous sommes tous les créateurs de l’application, en ayant chacun mis notre grain de sel.
Me concernant, j’avais besoin de travailler en équipe car je me suis rendue compte que je suis meilleure quand je crée à plusieurs. Je gérais mes projets professionnels seule et j’ai donc profité de l’opportunité de rejoindre ce projet pour combler ce manque. Sans oublier qu’ici on peut choisir son équipe, ce qui n’est pas toujours le cas en milieu professionnel.
Un de mes autres projets personnels est la création d’une revue papier. Là c’est essentiellement l’opportunité de créer pour le print qui m’a motivée. 90% de mes clients me demandent des projets web. J’adore créer pour le papier (qu’il soit imprimé ou non) et j’ai toujours fantasmé de pouvoir un jour créer la charte graphique d’une revue ou d’un magazine.
J’ai donc rejoint 5 personnes dans ce projet assez ambitieux avec des challenges à relever en terme de créativité et d’originalité. Dans ce projet aussi, le fait d’avoir une équipe composée de personnalités très différentes et provenant d’univers qui me sont nouveaux (écrivains par exemple) est très enrichissant.
Se permettre d’être plus original, casser les attentes
L’intérêt de ce projet de revue réside également dans la volonté de créer un univers graphique fort et décalé. Mon rôle est donc quasi indispensable et j’ai autour de moi une équipe qui me fait confiance, qui comprend la vraie valeur de mon métier et cela me permet d’aller encore plus loin dans mes idées. Cela fait d’autant plus echo que je n’ai pas toujours la reconnaissance attendue dans mes projets pro.
Avoir un bon leader (ou être un bon leader)
Dans ces deux projets, le point commun est la motivation partagée et l’énergie que le leader diffuse. Il ne faut pas oublier que l’on prend sur son temps libre pour mener à bien ces projets. Du coup c’est encore plus difficile, en tout cas pour moi qui aime me reposer, de trouver le temps et l’énergie pour avancer sur ses projets après une journée ou une semaine de travail pro. La seule manière pour me bouger est de bosser sur le projet avec quelqu’un. Pas forcément toute l’équipe, en binôme par exemple. Car dans mon cas, ce qui motive mon envie de faire des side projects est de monter quelque chose à plusieurs.
Devenir meilleur
Après 6 mois d’investissement personnel dans ces projets, je vois déjà les effets positifs de travailler en plus de mes projets pro. En mode pro, je travaille désormais quasiment exclusivement en binôme (avec différentes personnes) et mes journées sont dorénavant encore plus chouettes. J’ai toujours du mal à trouver la motivation pour me mettre seule à créer pour mes projets persos devant mon écran (je n’y arrive tout simplement pas) mais dès qu’il est question d’avancer à plusieurs, je suis plus que motivée. Je me connais donc mieux et je sais mieux analyser ce dont j’ai besoin pour avancer.
Pour mener à bien ses side projects, il ne faut pas être trop ambitieux ni trop oisif . Sortir de sa zone de confort permet de découvrir et comprendre ses limites (compétences, gestion du temps, créativité, capacité de passer à l’acte…) et les surpasser si besoin. Et par expérience, je sais que dans le CV un side project peut avoir plus de valeur qu’une expérience pro.
Et vous ?
J’aimerai recevoir vos témoignages sur ce que vous menez en parallèle de votre activité professionnelle.
Je démarre avec Romy qui a bien voulu répondre à mes questions :
Travail pro : Au moment du lancement de son projet personnel, elle faisait essentiellement de l’intégration HTML/CSS pour différentes typologies de clients et de CMS. Un travail d’exécution et cantonné à remplir la commande du client. Aucune marge de créativité.
Démarrage du side project : Elle aimait cuisiner et voulait partager ses recettes. Elle démarre un simple blog qui se transforme rapidement en un site plus complet et mieux organisé : www.cuisine-libre.fr. Cela lui permet de toucher à plusieurs autres métiers (ergonomie, architecture de base de données, gestion de projet, création, travailler à plusieurs…) pour résoudre des soucis propres au domaine des recettes de cuisine (classification).
Ce que cela t’a apporté : Une manière de se détendre quand elle travaille sur ce projet. Des bons moments partagés et des bonnes bouffes. Les gens mangent mieux grâce à son site. L’aide à mieux faire son travail pro en améliorant constamment son niveau (relever des nouveaux défis).
Temps consacré : Tous les week-ends, l’année du lancement (autant de temps à cuisiner qu’à coder), puis un week-end de temps à autre sur des évolutions ponctuelles.
Et toi :
- Quel est ton job ?
- C’est quoi ton side project et pourquoi l’as-tu démarré ?
- Le temps que tu y consacres ?
- Et au final qu’est-ce que cela t’a apporté et t’apporte toujours ?







- Quel est ton job ?
Je suis développeur web chez Smile, une SSII spécialisée dans la mise en place de logiciel open-source pour le web, comme des CMS, des GED, des CRM, etc…
- C’est quoi ton side project et pourquoi l’as-tu démarré ?
Je suis l’administrateur/développeur du site du Refuge d’Aerie’s Guard depuis 2009. A l’époque, ce site était en phpBB avec un peu de PHP+HTML à côté. Ayant découvert le CMS eZ Publish dans le cadre de mon travail, je me suis dit que reprendre l’ensemble du site pour le mettre sur ce CMS pouvait être un exercice de style intéressant qui m’aiderait peut-être dans mon travail.
- Le temps que tu y consacres ?
Finalement, je passe beaucoup plus de temps à participer sur les forums, à encourager les autres membres à participer – à modérer parfois – qu’à vraiment mettre les mains dans le cambouis. Mais je dirais que ça m’occupe en tout une dizaine d’heures par semaine environ.
- Et au final qu’est-ce que cela t’a apporté et t’apporte toujours ?
Grâce à la liberté que j’avais dans ce projet, j’ai pu découvrir les bienfaits des nouvelles version d’eZ Publish avant qu’on les propose aux clients dans mon travail rémunéré, ce qui m’a apporté quelque fois une expertise technique que je n’aurais pas pu obtenir uniquement dans mon travail.
Plus largement, j’ai avec ce projet la satisfaction de rendre service sans qu’il n’y ait de rapport pécuniaire entre moi et les utilisateurs du site. Je jouis également auprès des membres du site d’une certaine forme de prestige de part mes compétences techniques mais aussi par mon statut d’administrateur qui fait tourner le site. Je ne pourrai sans doute jamais trouver ce genre de gratification dans un travail salarié ou qui cherche à faire du profit.
Ce que tu appelles « side project » – si je comprends bien – me paraît indispensable à toute activité qui demande un tant soit peu de créativité, ou d’imagination.
En effet, pour moi, chaque activité différente « recharge » les batteries d’une autre activité.
En parallèle de mon activité pro – à l’époque développeur front-end – j’ai lancé un site dont le sujet n’a rien à voir avec le développement web. Seule sur le site, cela m’a permit, tour à tour, d’incarner les métiers de mes collègues mais pour mon propre site ! Non seulement je m’amuse, mais en plus ça m’ouvre l’esprit sur les problématiques des autres.
De retour à un contexte pro, j’ai bien en tête les préoccupations que peuvent avoir le référenceur, l’analyste web, le web marketeur, le « community manager », etc.
Euh… d’ailleurs, si tu en manque de side projects, je rêverais d’avoir une directrice artistique comme toi pour m’épauler ;p
Mon job actuel : directeur technique dans une agence web
Mes « side projets » : j’en ai un bon paquet en fait. Dès qu’une idée me vient, je n’arrive plus à me retenir : il faut que je la mette en place. Du coup, j’ai une multitude de petits sites qui me servent de plateforme de test.
J’y consacre une bonne partie de mon temps libre. Beaucoup de temps je crois. Peut-être un peu trop parfois… Allez, disons 2 à 4 heures par jour en moyenne.
C’est pour moi une nécessité. Un besoin vital. Cela me permet de rester au niveau, de tester avant de mettre en place pour un client, d’apprendre, de faire de la veille, …
C’est aussi l’occasion de mettre la main à la patte dans différents domaines : développement, graphisme, ergonomie, …
Faire un « side projet », c’est se donner la possibilité de faire un projet sans avoir de contrainte. Sans se limiter. Et ça, ça n’a pas de prix !
=> Quel est ton job ?
Développeur JavaScript/FrontEnd. Je me suis spécialisée dans l’architecture d’applications HTML/CSS/JavaScript.
J’aime travailler sur la conception d’une application avant de coder son interface : le fond étant indissociable de la forme.
=> C’est quoi ton side project et pourquoi l’as-tu démarré ?
Je conçois des vêtements : à la base je tricote, mais je me suis mis à la couture il y a deux ans.
Mon premier métier était graphiste : j’ai très vite compris que ce ne serait pas un bon moyen pour exprimer ma créativité.
J’ai alors préféré me mettre à fond la journée dans ma seconde passion : l’algoritmie, et le soir à la création/réalisation de vêtements. J’ai mis 4-5 ans avant que ce besoin se fasse sentir.
J’ai lancé mon blog il y a un an environ pour présenter mes créations (soit 2 ans pour le lancer) bien que je ne les vende pas.
=> Le temps que tu y consacres ?
Dès que je peux me perdre dans mes pensées : j’observe, je réfléchi à mes prochains modèles. Je fais/défais mes idées sans cesses.
Pour la réalisation en tricot : devant la TV, 2 à 3 soirs par semaines. Pour la couture : 1/2 journée le WE.
J’ai également 3 heure par semaine de cours de couture durant l’année scolaire.
Je tiens le rythme depuis 2 ans en m’octroyant une coupure d’1 à 2 mois.
Et au final qu’est-ce que cela t’a apporté et t’apporte toujours ?
ça m’a permis de prendre du recul sur mon travail : je temporise mes attentes. J’oubli aussi l’univers du web dès que je sort du travail.
ça fait du bien, car l’écran à tendance à prendre trop de place dans la vie quotidienne.
Je travaille de mes mains : j’ai contact beaucoup plus concret avec les choses, et ça fait du bien !
ça fait du bien également de faire quelque chose gratuitement/sans objectifs concrets; c’est-à-dire que lorsque je veux créer un vétement :
je le pense, je le fait, je le présente sur mon blog et puis c’est tout. Un jour je vendrais, mais je ne suis pas pressée.
Merci pour vos témoignages ! Je me sens vraiment toute petite : vous arrivez à passer beaucoup de temps sur vos projets perso. Je n’ai toujours pas réussi à trouver comment, pour ma part
Ou alors je me lasse vite ?
Les side projects sont cruciaux. Article très pertinent.
NowMadNow